02 mai 2008

D'une gare (Tresse de lignes)

D’une gare

Partir

 

Sur le quai


Elle :

9h, un train… deux trains… froid… gare… sourire…. cœur en bataille… encore six cinq quatre pas… peur… joie… peur….encore sourire….. mais peur…

A cet instant précis, les paroles de mon père résonnent en moi :
"Vaut il mieux avoir des remords ou des regrets ! Et si tu y réfléchissais…"
Je n’ai pas oublié Papa, si tel était le cas, serais je sur ce quai de gare aujourd’hui ?

Et comment pourrais je voir une gare en négatif !
Ce lieu source de tant et tant d’insolites !!
Certes, ils peuvent surprendre… être attendus et craints tout à la fois ! Pouvant aller jusqu’à faire peur….
Peur ?
Peur de découvrir…. Découvrir trop tard ? Trop tôt ?
Peur que le temps ne nous laisse pas  le temps… le temps de nous accomplir ? ou simplement le temps de nous « découvrir ? »

Que faire alors ?
Repartir ? Lentement rebrousser chemin ? Regarder ce train partir… avec ou sans moi ?
Et une fois encore, laisser cette rengaine résonner dans ce demain matin qui sera le mien ?
« Pourtant si, pourtant si, pourtant si… »

Non…..Trop souvent je me suis tue, trop souvent je n’ai posé de mots sur mes silences, trop souvent je n’ai osé, laissant sans réponses ce qui aurait pu être… attendant trop souvent  l’année prochaine, trop souvent………..
Aujourd’hui je pars, sans regrets ni remords….Juste avec un sourire !
Un sourire pour ce présent………..

Plus que trois, deux, un pas…… Et ce train m’emmènera vers ce présent que j’ai choisi….
Demain, eh bien demain on verra bien…. Je suis là aujourd’hui, et cela seul compte pour l’instant.

Quelle place? Ah oui, la 85 côté couloir, voiture 13


LUI :

Toujours ce mot m'obsède à ce moment même où, sur le quai, billet en poche, le train est déjà à quai.
J'ai longtemps rêvé de ce moment, et pourtant, au dernier instant, le doute m'assaille de nouveau.
Mon père et ses propos qui me rongent sans fin, … lui et ses promesses de vie nouvelle de partir loin de là, de refaire, de recommencer une vie longtemps hésitante
Il est certainement là, comme prévu, à la place que nous avions réservée dans ce train.
Je ne sais même pas s'il est sûr de lui et de moi, ou bien si, comme moi, un doute l'envahit.

Est-elle donc contagieuse, cette crainte que je sens en moi, au point de douter de lui-même ?
Deux vies fort différentes qui peuvent faire un même chemin.
Aujourd'hui, c'est le grand jour, celui du choix, de mon choix. Croire enfin que je peux faire ce pas qui va m'emmener loin, très loin de mon chez moi.
Le train, l'aéroport, l'envol vers une aventure qui saura effacer toutes ces dernières années de trouble et de combat contre moi-même. De résistance aussi !

Et pourtant !
Si ce départ était si simple et résolvait tout, serais-je encore à hésiter depuis si longtemps?
Non, un rêve différent reste encore possible, réalisable, là, sur cette terre où je suis née.
Je le sais; je le sens. Le train va partir, plus que quelques secondes pour me décider !

Le chef de gare nous presse de monter avant la fermeture des portes…
Bizarrement, sur ce quai, nous ne sommes plus que deux à hésiter… billet en main, semblant chacun traîner notre lourd fardeau de vie…
Nous en sourions, un chaud sourire donné dans cette sombre nuit… comme pour nous encourager mutuellement à faire ce dernier pas…


« Suite à un incident technique, le départ du TGV……à destination de…… départ initialement prévu à…..est différé pour une durée indéterminée.
Pour toutes informations complémentaires, merci de vous présenter au guichet n°… .
Nous vous prions de nous excuser pour ce désagrément. »

Déjà quelques passagers assaillaient de questions le contrôleur.


Lui :

Nous ne prendrons pas ce train… pour l’heure….
Sans nous en rendre compte, nous avions reculé de quelques pas, évitant de justesse l’affolement des voyageurs.

Pourquoi ce contretemps… pourquoi « maintenant »….
De nouveau cette sensation étrange m’enveloppe…sensation de possible ici….
Simple hasard ?.....Clin d’œil du destin ?....
Ce destin toujours si avide de surprises..
Aujourd’hui, il semble une fois de plus venir bouleverser l’ordinaire des jours !
Un rêve pourrait naître de ce voyage étrange, comme dans une autre dimension qui ouvrirait les portes d’un nouveau monde…
De cela, en cet instant j’en suis persuadé…
Cette gare m’offre les clés pour un voyage, un voyage vers la vie…
Deux toutes petites clés « espoir »…elles sont à portée de ma main…..


Elle :

 «Que lui renvoyait donc l'univers? Son propre univers intérieur, comme un écho, comme un miroir, fait des doutes qu'elle croyait dissipés? Des craintes qu'elle avait enfermées dans une boîte verte - la clé était pourtant là aujourd’hui, toute proche…
Son univers intérieur était-il encore habité de la présence fugace de quelques fantômes du passé?
Pourquoi cette ultime mise à l'épreuve avant de franchir le pas?

Arrêt provisoire... pour décider définitivement si le voyage se ferait avec lui. Bon an mal an.

J’hésitais à présent...
Comme si toute ma vie se jouait d'un pied à poser sur un quai, l'autre se hissant, une main accrochée à la porte de la voiture 13.
Choix d'un voyage en première classe....
Comme si la classe d'une vie pouvait se choisir a priori…. !
Bien souvent, le train du destin nous emporte sur les rails de notre destin…
Pur hasard ou a-t-on déjà le billet en poche ?

Mais j’hésitais à présent que le départ de ce train était différé…

 

Posté par Leilyne à 11:44 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires sur D'une gare (Tresse de lignes)

    Analogie

    Cette analogie de la vie au quai de la gare, au départ d`un train....est très réussie...une douce journée.

    Posté par Manuela, 02 mai 2008 à 11:52 | | Répondre
  • @ Manuela

    Merci Manuela pour tes encouragements

    Posté par Leilyne, 02 mai 2008 à 11:52 | | Répondre
  • Suis bien d'accord avec Manuela.
    Et en plus c'est bien écrit !

    Posté par adnihilo, 04 mai 2008 à 13:27 | | Répondre
  • @ adnihilo

    Merci pour cette visite.... un joli compliment..
    Bienvenue alors !!! : - )

    Posté par Leilyne, 04 mai 2008 à 13:48 | | Répondre
  • Avec ses mots

    Ses pensées, il faut sans doute les dire ou les écrire pour les concrétiser, les analyser, les faire exister tout simplement.
    Au bout de cela (peut-être) afin que nous mêmes existions, car ne sommes nous pas que pensées, donc, pour faire court,il faut les partager, pour moi on existe que par rapport aux autres êtres.
    Petit mais joli ton comm. sur mon blog.
    Photamicalement, Roland.

    Posté par Roland, 18 août 2008 à 08:43 | | Répondre
  • @Roland

    Est ce à dire que nous ne sommes rien sans le regard des autres... ne devons nous pas d'abord exister par nous mêmes pour partager plus encore avec l'(es) autre(s)...

    Posté par Leilyne, 23 août 2008 à 09:20 | | Répondre
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